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Archivée - 2. Le Canada et la mondialisation

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Le paysage économique mondial a profondément changé au cours des dernières décennies. Le Canada et ses entreprises s'adaptent aux nouvelles réalités économiques et doivent continuer à le faire pour suivre le rythme rapide du commerce mondial.

La mondialisation, au sens économique, désigne l'augmentation soutenue et rapide du commerce et des mouvements de capitaux entre des nations et à l'intérieur de celles-ci, de même qu'une augmentation de l'investissement étranger direct (IED). Au total, la valeur de l'IED a grimpé au cours des 25 dernières années, les investissements directs de l'étranger et à l'étranger atteignant quelque 12 billions de dollars américains en 2006 (figure 1)2. Le volume du commerce a aussi fortement augmenté, puisque les exportations mondiales ont doublé au cours de la dernière décennie. Les exportations de marchandises et de services commerciaux à l'échelle mondiale se sont accrues de plus de 10 p. 100 en 2006, atteignant 11,7 billions et 2,7 billions de dollars américains, respectivement3. Les niveaux d'exportation mondiaux devraient aussi croître en 2007 et en 2008. Les mouvements accrus du commerce et des investissements ont contribué ensemble à une plus grande intégration des activités économiques entre les pays et dans le monde.

Plusieurs facteurs ont contribué à l'arrivée en force de la mondialisation. Les coûts de transport ont diminué, ce qui a accru la diversité des biens pouvant être échangés et la distance sur laquelle il est rentable de faire ces échanges. Des percées dans les technologies de l'information et des communications ont entraîné des modifications profondes dans la façon de mener les affaires, et sont le moteur de la mondialisation de l'activité économique. À mesure que les coûts de ces technologies chutent, les entreprises sont davantage en mesure d'élargir leurs activités sur les différents continents et entre ceux-ci.

L'expérience démontre que l'ouverture des frontières et une concurrence plus vigoureuse stimulent l'innovation et l'accroissement connexe de la productivité. Il en résulte une meilleure efficience économique et, en général, des produits de meilleure qualité qui sont offerts à moindre prix. Toutefois, l'intensité de la concurrence à l'échelle mondiale entraîne aussi des ajustements à de nouvelles dynamiques et exige souvent une restructuration constante de l'activité de production pour s'adapter à l'évolution du climat concurrentiel.

Lorsque l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALE) est entré en vigueur en 1989, le Canada s'est lancé sur la voie ambitieuse de la mondialisation et de l'ouverture commerciale, laquelle s'appuyait sur les succès remportés par l'Accord entre le Canada et les États-Unis d'Amérique concernant les produits de l'industrie automobile (Pacte de l'automobile). L'ALE a radicalement changé le contexte économique canadien – notre économie s'est davantage intégrée à celle des États-Unis. En 1994, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a porté cette intégration à un palier supérieur. Ces accords ont réduit les obstacles que devaient surmonter les entreprises canadiennes voulant pénétrer les marchés nord-américains, mais les ont aussi assujetties aux contraintes de la concurrence à l'échelle du continent plutôt qu'à celle du pays.

Certains secteurs d'activités ont éprouvé plus de difficultés à s'ajuster à la nouvelle réalité concurrentielle qu'entraînaient l'ALE et l'ALENA. Toutefois, dans l'ensemble, le changement a été favorable pour le Canada et les Canadiens. L'économie du pays s'est transformée afin de soutenir la concurrence non seulement sur le marché canadien, mais également sur le marché nord-américain. La mondialisation exige une réorientation similaire, c'est-à-dire que le Canada et ses entreprises doivent ajuster leur cadre de référence pour livrer concurrence à l'échelle de la planète.

La mondialisation des chaînes de valeur

La nouvelle réalité sur le plan de la concurrence a notamment entraîné une tendance vers la mondialisation des chaînes de valeur. La chaîne de valeur décrit le vaste éventail d'activités nécessaires à la production d'un bien ou d'un service, de sa conception à sa mise en marché. Auparavant, une entreprise pouvait mener toutes les activités de la chaîne de valeur dans son propre pays. L'ère de la mondialisation, toutefois, a vu cette chaîne se fragmenter, car les éléments constitutifs d'un seul produit sont conçus et fabriqués dans différents pays et sur divers continents, augmentant ainsi la compétitivité de tout le processus de fabrication.

Plusieurs entreprises canadiennes ont vu cette nouvelle dynamique mondiale et ont adapté leurs opérations. Certaines entreprises sont devenues des multinationales, transférant les activités à forte intensité de main-d'œuvre dans des pays où les coûts de la main-d'œuvre sont plus concurrentiels. La Chine et d'autres économies du sud-est de l'Asie sont les endroits privilégiés pour le travail de production dans le secteur manufacturier, tandis que l'Inde l'est pour le travail de production dans les secteurs axés sur les services. Certaines entreprises canadiennes livrent concurrence en faisant partie de la chaîne de valeur d'autres entreprises.

Étant donné ce contexte, le Canada devrait avoir pour objectif de devenir un endroit de prédilection où se retrouvent les éléments de plus grande valeur de ces chaînes mondiales – qu'elles soient sous le contrôle d'entreprises canadiennes ou fassent partie de la chaîne d'approvisionnement d'entreprises étrangères – puisqu'une activité de production de plus grande valeur se traduit par des salaires plus élevés, un meilleur choix d'emplois et une meilleure qualité de vie pour les Canadiens.

Comment le Canada se compare-t-il à ses concurrents mondiaux?

Étant donné que la concurrence mondiale s'est intensifiée et que les divers pays luttent pour attirer les capitaux, il est important d'établir où se situe le Canada par rapport à ses concurrents à l'échelle mondiale.

Rendement de la productivité

La capacité d'une nation de livrer concurrence sur la scène mondiale dépend de plusieurs facteurs qui en déterminent le niveau de productivité. La productivité est une mesure de la capacité d'un pays à utiliser les ressources à sa disposition, notamment le capital, la main-d'œuvre et les matières premières, pour produire des biens ou des services. Une plus grande productivité se traduit par une meilleure performance économique et, de ce fait, un niveau de vie plus élevé. En d'autres mots, la productivité est intrinsèquement liée à la richesse et au bien-être des habitants du pays.

Dans l'ensemble, le Canada fait preuve d'une bonne performance économique. Toutefois, la croissance de sa productivité est en perte de vitesse, surtout par rapport à celle des États-Unis, et continue d'accuser un retard face à ses principaux concurrents. De 2001 à 2005, le Canada s'est classé au 21e rang au chapitre de la croissance annuelle moyenne de sa productivité, bien en deçà de la moyenne de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et avant-dernier des pays du G7 (figure 2)4. En 2006, la productivité de la main-d'œuvre canadienne par heure travaillée n'était que de 81,4 p. 100 par rapport à celle des États-Unis, un recul marqué par rapport au niveau de 2001, qui était de 87,4 p. 100 (figure 3)5. La production par heure du secteur commercial s'est accrue de seulement 1 p. 100 par an au cours des cinq dernières années, contrastant avec la croissance annuelle de 3 p. 100 enregistrée par les États-Unis au cours de la même période6.

Divers facteurs ont contribué à la faible croissance de la productivité canadienne. L'un de ces facteurs est un sous-investissement apparent dans les machines, le matériel et la technologie, qui sont tous des éléments importants pour la croissance de la productivité car les nouvelles technologies améliorent l'efficience tout en stimulant l'innovation et en permettant la création de nouveaux produits et de nouvelles technologies. De plus, les entreprises canadiennes accusent un retard au chapitre de la réorganisation du milieu de travail et de la formation des employés7.

Compte tenu des changements démographiques prévus au Canada, soit le vieillissement de la population et le ralentissement de la croissance de la main-d'œuvre, le rendement de la productivité du pays prendra davantage d'importance à titre de facteur déterminant le bien-être futur des Canadiens.

Classement de la compétitivité

Selon le Forum économique mondial (FEM), le Canada se classait en 2006 au 16e rang parmi 125 pays au chapitre de la compétitivité8, un recul par rapport au 13e rang occupé l'année précédente. Bien que la méthode utilisée par le FEM ait été modifiée au cours des sept dernières années, le Canada a reculé de façon significative au classement puisqu'il se trouvait au 3e rang en 2001. Une grande partie de ce recul peut être attribuée à la technologie et à l'innovation. Notamment, le Canada se classe sous la moyenne de l'OCDE au chapitre des dépenses de recherche-développement (R-D) faites par les entreprises, et avant-dernier des pays du G7.

En 2007, le Conference Board du Canada a publié son rapport d'évaluation de la performance concurrentielle du Canada9. Il a qualifié la performance de « médiocre » et a classé le pays au 14e rang parmi les 17 pays comparés au chapitre de l'innovation. La Suisse, la Suède, la Finlande et les États-Unis occupaient respectivement les quatre premières positions au classement.

Le rapport du Conference Board et celui du FEM s'entendent sur le fait que les forces relatives du Canada sont dans les secteurs de l'éducation et de la santé, notamment son vaste bassin de travailleurs qualifiés, ses établissements de recherche de pointe et d'excellents établissements d'enseignement primaire et secondaire.

Dans le cadre d'une étude menée par Ipsos Reid et intitulée Looking Towards Canada, les dirigeants d'entreprises qui sont des chefs de file mondiaux de huit marchés d'investissement canadiens (l'Allemagne, le Brésil, la Chine, les États-Unis, la France, l'Inde, le Japon et le Royaume-Uni) ont eu une entrevue au début de 2007. Les entrevues ont été menées avec les cadres supérieurs des entreprises les plus en vue à l'échelle mondiale. Bien que le Canada soit généralement vu sous un jour favorable, plusieurs répondants estimaient que ce dernier n'avait pas « d'identité homogène sur le plan de l'investissement ». Son climat de R-D et sa main-d'œuvre supérieure étaient présentés en tant que principales forces, alors que sa société multiculturelle et ses politiques d'ouverture à l'immigration ont été mentionnées comme des pierres d'assise en vue d'atteindre le succès dans l'économie mondiale actuelle. Parmi les défis souvent mis de l'avant, il y avait la petite taille du marché intérieur et la perception de prix de revient élevés, y compris le coût élevé des taxes et de la main-d'œuvre peu qualifiée. Dans l'ensemble, l'image du Canada et ses avantages sur le plan de l'investissement n'étaient pas bien connus10.

La mondialisation : incidences sur le Canada

Bien que la mondialisation ait présenté des défis, il est clair que le Canada et les Canadiens en ont tiré profit. Au cours de la dernière décennie, le Canada a enregistré une bonne performance selon divers indicateurs économiques. Au pays, le taux d'inflation est resté faible. Ses échanges commerciaux se portent bien, les exportations canadiennes ayant atteint un niveau record en 2006. La hausse du prix des produits de base a été avantageuse pour le Canada qui est un pays exportateur de ressources. Le gouvernement fédéral est en bonne santé financière, affichant des surplus budgétaires continus et un fardeau de la dette décroissant. Le taux de chômage est bas par rapport aux décennies précédentes, et le Canada continue de profiter d'une croissance économique soutenue qui se compare favorablement à celle d'autres nations de premier plan.

Pertes d'entreprises

Malgré la base économique saine du Canada, la récente augmentation de l'IED au Canada, surtout sous forme de fusions et d'acquisitions, a soulevé des craintes relatives à la perte de contrôle et d'influence des Canadiens sur l'économie du pays.

Ces préoccupations résultent de la fréquence des prises de contrôle, par des intérêts étrangers, d'importantes entreprises canadiennes bien établies – ce qu'on appelle la « perte d'entreprises » canadiennes. Bien qu'il existe depuis toujours un certain degré d'inquiétude au sujet de l'influence étrangère sur l'économie canadienne, la situation s'est aggravée lors de la récente série de prises de contrôle majeures. Les Canadiens ont été témoins de l'achat de plusieurs importantes entreprises canadiennes par des investisseurs étrangers. Qu'il s'agisse de compagnies minières, comme Falconbridge et Inco, ou de magasins de vente au détail, comme la Compagnie de la Baie d'Hudson, les investisseurs étrangers ont trouvé d'alléchantes occasions de prise de contrôle au Canada. Les entreprises acquises ont souvent fait partie de l'histoire du pays et sont des piliers dans des collectivités de toutes les régions du pays. Les inquiétudes qu'éprouvent les Canadiens à l'égard de ces prises de contrôle sont donc naturelles et compréhensibles.

Tout particulièrement, ces acquisitions ont donné lieu au Canada à des préoccupations reliées à la capacité du régime gouvernemental en vigueur d'évaluer les investissements étrangers. L'accroissement des activités de fusions et acquisitions a aussi alimenté le débat au pays sur l'importance que les sociétés soient contrôlées par des intérêts nationaux et sur les avantages de la présence du siège social. Ces craintes portent surtout sur la perte des activités du siège social et d'emplois à valeur ajoutée, du pouvoir de décision, des activités de R-D, de l'engagement envers la prospérité du Canada qui va de pair avec la présence d'un siège social, ainsi que de fonctions connexes comme des services de consultation, juridiques et comptables à valeur ajoutée et des services financiers et de souscription.

Des préoccupations ont aussi été soulevées concernant les incidences de la perte du contrôle canadien de ces entreprises sur l'ensemble des collectivités où elles sont situées. Les grandes entreprises ne sont pas que d'importants employeurs; elles sont souvent des donateurs généreux et influents pour les œuvres de bienfaisance et commanditent des activités communautaires, et leur dirigeants sont souvent des chefs de file de la collectivité. Plusieurs Canadiens doutent que les propriétaires étrangers fassent preuve du même dévouement auprès de leur collectivité et continuent d'offrir des possibilités de carrière à de jeunes Canadiens.

Les observateurs ont fait remarquer que, compte tenu de la taille de l'économie, le Canada se classait au 2e rang tant au chapitre du nombre d'entreprises canadiennes achetées entre 2001 et 2006 (derrière l'Australie) que de la valeur versée (derrière le Royaume-Uni). Ces observateurs ont aussi souligné que depuis le début de 2006, la valeur des entreprises canadiennes achetées est supérieure à celle enregistrée dans tous les autres pays11.

L'Institute for Competitiveness and Prosperity de l'Ontario a analysé les entreprises de propriété canadienne livrant concurrence à l'échelle mondiale (définies comme étant les entreprises de propriété canadienne dont le siège social est au Canada, qui se classent parmi les cinq premiers de leur secteur tel que mesuré par les revenus mondiaux de ce secteur et qui effectuent des ventes annuelles dans ce secteur plus de 1 milliard de dollars canadiens12 ). Le Canada ne comptait que 14 entreprises de ce genre en 1985, mais ce nombre était passé à 46 en 200313.

L'institut a aussi constaté que le nombre d'entreprises canadiennes chefs de file mondiaux a diminué depuis 2003, s'établissant à 39 à la fin de 200614. Ce recul a coïncidé avec plusieurs prises de contrôle par des intérêts étrangers qui ont été très médiatisées. Il y a néanmoins eu une augmentation marquée du nombre d'entreprises canadiennes qui sont des chefs de file mondiaux depuis 1985.

Cette augmentation nette – le nombre de chefs de file mondiaux canadiens a plus que doublé depuis 1985 – suggère que le Canada a profité de la mondialisation, créant des entreprises de pointe capables de soutenir la concurrence sur la scène internationale. Toutefois, cette croissance ne s'est pas faite sans heurts. À la suite de deux décennies de fusions et acquisitions par des intérêts étrangers, plusieurs entreprises canadiennes qui étaient des chefs de file mondiaux en 1985 ne l'étaient plus en 2005. En d'autres mots, malgré le fait qu'un nombre important de nouveaux chefs de file mondiaux soient apparus au Canada durant les dernières décennies, l'économie canadienne a aussi perdu plusieurs chefs de file.

Investissement étranger direct : tendances et incidences récentes

L'IED est un type d'investissement touchant la propriété, qui procure aux investisseurs un rôle important dans la gestion d'une entreprise à l'extérieur de leur propre pays. L'IED peut se faire par des fusions et acquisitions, des investissements dans des installations nouvelles ou des friches industrielles, des bénéfices réinvestis, ou encore des prêts et des transactions en capital transfrontaliers entre entreprises affiliées. Pour la conduite des opérations, un investisseur direct est une entité qui détient au moins 10 p. 100 de la participation avec droit de vote d'une entreprise.

Hausse de la valeur mondiale de l'IED

L'IED a fortement augmenté au cours des dernières années, les rentrées d'IED atteignant à l'échelle mondiale 1,3 billion de dollars américains en 2006, par rapport à des sorties d'IED évaluées à 1,2 billion15. Tout comme les tendances enregistrées à la fin des années 1990, la récente poussée d'IED traduit un niveau plus élevé de fusions et acquisitions transfrontalières. La valeur des fusions et acquisitions transfrontalières a atteint 880 milliards de dollars américains en 2006, et le nombre de transactions a atteint 6 974. Ces niveaux se rapprochent de ceux atteints durant le boom de 1999-200116. Une autre particularité du récent boom des fusions et acquisitions est l'augmentation des investissements au moyen de capital de risque privé et d'autres fonds.

Investissement étranger direct au Canada

Entre 1996 et 2005, le Canada était l'un des 10 principaux endroits au monde au chapitre de la valeur totale des investissements étrangers au pays. Malgré le fait qu'il ait la plus petite économie du G7, le Canada s'est néanmoins classé au 5e rang quant à l'IED au pays durant cette période, dépassant des économies plus grandes comme celle du Japon17.

Depuis plusieurs dizaines d'années, l'IED a grandement contribué à la performance économique du Canada. De fait, la valeur totale de l'IED au Canada par rapport au PIB est élevée parmi les pays industrialisés en pleine maturité, atteignant 31,4 p. 100 en 2006, un taux nettement plus élevé que celui des États-Unis (13,5 p. 100) ou du Japon (seulement 2,5 p. 100) (figure 4)18. La part canadienne de la valeur de l'IED intérieur en Amérique du Nord était de 16,3 p. 100 en 2005, une hausse par rapport à la part de 12,6 p. 100 en 2001. Ces taux s'inscrivent dans la foulée de niveaux de rentrées d'IED très élevés durant les années 1960 et 197019.

Les rentrées nettes d'IED au Canada sont aussi relativement élevées, représentant 2,2 p. 100 du PIB du Canada entre 2001 et 2005 et classant le pays au 3e rang des pays du G7 derrière le Royaume-Uni et la France. Néanmoins, l'OCDE a souligné le niveau élevé de restrictions officielles du Canada à l'égard de l'IED intérieur, et a noté que la Loi sur Investissement Canada et d'autres régimes sectoriels d'investissement nuisent à la capacité du pays d'attirer l'IED.

Les États-Unis sont la principale source de l'IED fait au Canada. L'IED américain représentait 61 p. 100 de l'IED total au Canada en 2006, un recul par rapport à la part de 67 p. 100 en 1995 (figure 5)20. Parmi les autres principaux investisseurs, mentionnons le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas.

Quant à leur répartition parmi les secteurs de l'industrie, les biens canadiens sous contrôle étranger se sont maintenus à environ 21 p. 100 depuis 200021. L'IED dans le secteur manufacturier représente environ 49 p. 100 de la production totale. Les autres principaux secteurs ayant une présence étrangère assez importante sont l'industrie du pétrole et du gaz (près de 40 p. 100), le commerce de gros (37 p. 100), les transports et l'entreposage (près de 26 p. 100), ainsi que les finances et les assurances (environ 15 p. 100)22.

Fusions et acquisitions

Les fusions et acquisitions sont le sous-élément de l'IED le plus souvent communiqué. De façon générale, elles désignent la consolidation d'entreprises. Des fusions et acquisitions transfrontalières ont lieu lorsqu'une entreprise étrangère effectue un investissement dans une entreprise nationale. Les fusions et acquisitions se distinguent ainsi des autres types d'IED, comme les bénéfices réinvestis et les prêts intra-sociétés entre la société mère et des sociétés affiliées.

La plus grande partie des entrées d'IED au Canada correspondent depuis peu à des fusions et acquisitions. À la fin de 2006, le Canada avait enregistré 5,2 p. 100 de toutes les fusions et acquisitions à l'échelle mondiale23, un taux plus élevé que sa participation à l'économie mondiale (3,2 p. 10024). La croissance récente d'entreprises et d'industries est soutenue par les fusions et acquisitions, puisque plusieurs industries mondialisées cherchent à croître rapidement par le truchement de consolidations. Cela s'est produit au Canada au cours des dernières années, sous forme de prises de contrôle dans les secteurs des métaux, des minéraux et de l'énergie.

Selon les données obtenues de Statistique Canada, les fusions et acquisitions représentaient 51 p. 100 de l'IED au Canada de 2001 à 2006, mais ce taux atteignait 71 p. 100 en 2005 et en 2006 (figure 6)25. Or, les investissements directs canadiens à l'étranger des dernières années n'étaient pas principalement effectués au moyen de fusions et acquisitions; il s'agissait plutôt d'autres types d'investissement, comme celui de capitaux dans des sociétés étrangères affiliées existantes.

Selon ces données, les investissements à l'étranger du Canada sous forme de fusions et acquisitions ne représentaient que 31 p. 100 de l'IED moyen de 2001 à 2006, et en moyenne seulement 16 p. 100 de l'IED en 2005 et en 2006 (figure 7)26. Cela a entraîné un déséquilibre important sur le plan des fusions et acquisitions au cours des deux dernières années, les entreprises étrangères se procurant davantage d'actifs de sociétés canadiennes que les entreprises canadiennes à l'étranger.

Sur un horizon de six ans à compter de 2001, les données donnent un portrait quelque peu différent quant au fait que le Canada soit touché de façon disproportionnée par la hausse des prises de contrôle par des intérêts étrangers. Le niveau annuel de fusions et acquisitions augmente et diminue fortement d'une année à l'autre, et la valeur peut être affectée de façon substantielle par quelques opérations majeures. De 2001 à 2006, les données de Financial Post Crosbie Mergers & Acquisitions in Canada, indiquent que les entreprises canadiennes ont acquis 1 993 entreprises étrangères, ce qui représente une valeur totale d'environ 300 milliards de dollars. Durant la même période, 864 sociétés canadiennes ont été achetées par des intérêts étrangers, la valeur totale des opérations se chiffrant à 286 milliards de dollars (figure 8)27.

Quant aux sièges sociaux, un rapport de Statistique Canada a conclu qu'il n'y avait pas eu de déclin des activités des sièges sociaux au Canada entre 1999 et 200528.

Tendances à long terme

Au total, la valeur de l'investissement direct canadien à l'étranger dépasse actuellement celle de l'investissement direct étranger au Canada. Statistique Canada indique que les investisseurs directs canadiens détenaient des biens à l'étranger s'élevant à 523 milliards de dollars canadiens à la fin de 2006, tandis que les investissements directs au Canada par des intérêts étrangers n'atteignaient que 449 milliards29. Les Américains sont toujours les principaux investisseurs au Canada, et avaient des investissements directs de 274 milliards de dollars canadiens en 2006. Les investissements directs canadiens aux États-Unis totalisaient 224 milliards de dollars canadiens en 2006, une augmentation de 19 milliards par rapport à 2005 (figure 9). Cela était surtout le fait de sorties de capitaux d'entreprises canadiennes vers leurs filiales américaines existantes30.

Le résultat d'ensemble est le suivant : malgré une hausse notable des récents investissements étrangers au Canada, les Canadiens ont conservé un avantage net depuis le milieu des années 1990, cumulant une valeur nette d'investissements à l'étranger plus élevée que celle des investisseurs étrangers au Canada31.

Quant aux fusions et acquisitions, le nombre d'entreprises étrangères achetées par des sociétés canadiennes entre 2001 et 2006 a largement dépassé celui d'entreprises canadiennes achetées par des intérêts étrangers. Toutefois, la valeur totale de ces acquisitions canadiennes durant la même période n'était que légèrement plus élevée que celle des acquisitions par des intérêts étrangers, malgré d'importantes acquisitions d'entreprises canadiennes par des intérêts étrangers en 2005 et en 200632.

Regard vers l'avenir

Le Groupe d'étude veut comprendre quels sont les facteurs qui rendraient le Canada plus attrayant que d'autres pays en tant que lieu de création ou d'expansion d'entreprises. Le défi consiste à instaurer un climat d'affaires qui attirera plus d'activités économiques, y compris les activités des sièges sociaux.

Le Groupe d'étude observe que l'émergence de chaînes d'approvisionnement mondiales et d'exclusivité de produits à l'échelle internationale résultant de la mondialisation et du libre-échange a entraîné la création, dans l'organisation d'une entreprise, d'un nouveau point intermédiaire entre le siège social mondial et le site de production. Ce point intermédiaire est le centre de production de l'exclusivité mondiale du produit, ou siège social divisionnaire. Le Groupe d'étude sait que des recherches sur l'importance sociale et économique de telles entités ont été menées et que des données empiriques existent. Toutefois, il voudrait mieux comprendre ce phénomène et ses incidences pour le Canada, surtout la mesure dans laquelle la politique officielle pourrait encourager ou entraver le choix du Canada comme endroit où les entreprises établiraient leurs sièges sociaux divisionnaires. Le Groupe d'étude désire aussi comprendre quels sont les avantages pour le Canada d'accueillir le siège social divisionnaire ou la principale installation de R-D d'une société mondialisée.

Les PME occupent une place prépondérante dans l'économie canadienne. Pour accroître leur compétitivité, les entreprises canadiennes, peu importe leur taille, doivent de plus en plus adopter une perspective mondiale, y compris acquérir des sociétés étrangères. De plus, pour certaines PME, le fait d'être achetées par une plus grande entreprise, canadienne ou étrangère, est une démarche souhaitée, car la fusion avec un joueur plus important constitue souvent la stratégie de croissance la plus efficace pour les petites entreprises. La question qui se pose est de trouver comment créer les conditions qui permettront aux PME canadiennes de participer davantage au commerce mondial.

Bien que les investisseurs étrangers continuent de trouver des possibilités d'investissement intéressantes au Canada, y compris l'acquisition d'entreprises canadiennes chefs de file, les entreprises et investisseurs canadiens effectuent aussi des investissements à l'étranger. On peut se demander pourquoi les investisseurs canadiens ont été moins portés à effectuer des fusions et acquisitions transfrontalières au cours des dernières années, s'intéressant plutôt à des placements de portefeuille et à d'autres types d'IED.

Comme les mouvements des investissements internationaux sont caractéristiques d'une économie mondiale, les entreprises canadiennes devront continuer à participer à des opérations à l'échelle internationale pour prospérer. Le Canada et ses entreprises doivent donc relever le défi d'être prêt à livrer concurrence sur la scène mondiale. Dans cet ordre d'idées, quelles sont les politiques qui rendraient le Canada plus attrayant pour le capital humain et économique tout en augmentant les chances des entreprises qui ont vu le jour ici, peu importe leur taille, de devenir des chefs de file mondiaux ayant leur siège social au Canada?

La mondialisation est un phénomène réel, et ses incidences sur l'avenir du Canada sont importantes. Les développements qui surviennent dans l'économie mondiale sont autant d'occasions d'envisager la meilleure façon de performer et de prospérer.

LE CANADA ET LA MONDIALISATION – QUESTIONS

  1. Les Canadiens devraient-ils s'inquiéter des prises de contrôle d'entreprises canadiennes par des intérêts étrangers? Quelle importance la propriété et le contrôle des activités commerciales canadiennes ont-ils pour les perspectives économiques du pays et la création d'emplois pour les Canadiens?
  2. Quelle est l'importance de la présence du siège social d'une entreprise à l'égard des perspectives économiques du Canada et à la capacité de créer des emplois et des débouchés pour les Canadiens? Quelle importance devrait-on accorder aux sièges sociaux divisionnaires? Quels facteurs pourraient influer sur le choix de leur emplacement?
  3. Comment les politiques du Canada touchant l'investissement direct, au pays et à l'étranger, influencent-elle la compétitivité du Canada comme en tant que lieu où effectuer de l'IED et que plate-forme vers la mondialisation?
  4. Les politiques économiques canadiennes reflètent-elles de façon appropriée l'intégration croissante du pays à une économie nord-américaine et mondiale? De quelle façon pourrait-on modifier ces politiques pour mieux refléter le nouvel environnement concurrentiel?