Liens de la barre de menu commune

  •  

Archivée -

Information archivée dans le Web

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d’autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

Les universités, les affaires et la compétitivité du Canada
Discours par L. R. Wilson Président du Conseil, CAE Inc. Chancelier, Université McMaster prononcée devant l' Association des Universités et collèges du Canada
Date: Le 2 avril 2008
Lieu: L'University of Windsor Ontario

Bonsoir Mesdames et Messieurs.

Merci beaucoup, Ed, pour cette aimable introduction. Ed et moi nous connaissons depuis longtemps et avons beaucoup d’intérêts en commun. Nous jouons au golf quatre jours par année, et nous sommes tous deux chanceux d’avoir un excellent partenaire!  Ed a toujours eu à coeur la cause de l’enseignement postsecondaire, et, bien sûr, il est profondément attaché à la communauté de Windsor. Je suis fier de partager le micro avec lui ce soir, et je le remercie, ainsi que l’Université de Windsor, de nous accueillir ici cette semaine et d’avoir organisé cette soirée.

On m’a demandé de vous parler des affaires et de nos universités. Je m’intéresse aux deux, mais Claire m’a demandé de limiter mes remarques à quinze minutes; je m’efforcerai donc d’être bref.

J’aimerais explorer avec vous la façon dont les entreprises et nos universités peuvent, en collaborant, contribuer à la compétitivité de notre pays – comment les universités peuvent jouer un rôle encore plus présent dans les entreprises canadiennes et, ce qui est aussi important, comment les dirigeants d’entreprises peuvent mieux contribuer à la qualité et à la compétitivité de nos établissements d’enseignement postsecondaire.

Je suis convaincu que le lien entre les entreprises et nos universités devrait prendre la forme d’un partenariat efficace. Il est certain que les entreprises canadiennes comptent sur la qualité et le talent de nos diplômés. Et nos établissements d’enseignement profitent énormément du dynamisme et de la richesse que le développement vigoureux des entreprises apporte à notre société.  

Bien qu’on trouve bon nombre d’exemples d’entreprises et d’universités qui établissent des partenariats mutuellement avantageux – allant des activités de commercialisation de la technologie à des endroits comme l’Université de  Waterloo, aux milliers d’étudiants qui participent à des programmes de stages dans les entreprises canadiennes – il y a toujours de la place pour de l’amélioration dans notre façon de collaborer. Et je pense que les deux parties en bénéficieront.

D’abord, permettez-moi de faire quelques observations sur l’évolution de nos universités. Il y a cent ans, les universités formaient des hommes (et de rares femmes), qui se retrouvaient ensuite dans le milieu religieux, dans les universités et dans la fonction publique. Cependant, au cours des années, le lien entre les universités et les entreprises a beaucoup changé.

Rappelons-nous qu’il y a cinquante ou soixante ans, la plupart des universités ne faisaient que commencer à adapter leurs programmes d’études de façon à répondre aux besoins précis des entreprises. À l’exception de certains établissements et de programmes spécialisés comme l’exploitation minière, le génie ou la foresterie, les activités des entreprises et le centre d’intérêt des universités étaient, somme toute, tout à fait distincts.  

Un changement s’est dessiné au cours des années 50 avec l’augmentation  rapide de la complexité du commerce, et la diversité croissante de la population active. Les entreprises étaient à la recherche d’employés possédant de nouvelles compétences, et les programmes universitaires ont commencé à s’adapter pour répondre à ce besoin. Le premier MBA canadien a été décerné par la University of Western Ontario en 1950, et c’est là qu’on  a vu naître des écoles de commerce dans d’autres universités canadiennes.

Alimentée par le baby-boom de l’après-guerre, et conditionnée par les changements dans la population active, et, plus récemment, par l’accessibilité à Internet, l’enseignement postsecondaire au Canada a connu un essor énorme au Canada au cours des cinquante dernières années.  

En 1955, on comptait environ 73 000 étudiants inscrits dans les universités canadiennes. À la fin de 2006, on comptait quelque 815 000 étudiants à temps plein sur les campus au Canada, ce qui incluait 115 000 étudiants inscrits aux études supérieures. Nos collèges ont affiché une croissance similaire. Et on prévoit que les inscriptions augmenteront de quelque 150 000 étudiants au cours de la prochaine décennie. Ceci vient s’ajouter à la croissance récente encore plus rapide des inscriptions aux cours de niveau postsecondaire offerts en ligne. La gestion de tout cela a représenté un défi de taille. Pendant cette période cependant, la société canadienne et, notamment, les milieux d’affaires canadiens, ont été très bien servis par vos réalisations, et celles de vos prédécesseurs.

Aujourd’hui, compte tenu de l’évolution toujours plus rapide de la technologie, de la mondialisation et des défis environnementaux, et de l’incidence de ces forces sur chaque aspect de nos vies, nous devons nous demander comment nous pouvons mieux nous appuyer mutuellement pour préparer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.  En affaires, les forces de la concurrence jointes à ces tendances signifient que nous devons agir rapidement pour relever les défis et tirer parti des nouvelles possibilités.  Comment, alors, nos universités peuvent-elles continuer à répondre aux besoins en mutation constante de l’apprenant, du marché du travail et de l’économie mondiale?

Depuis dix ans, on a certainement mis davantage l’accent sur la recherche fondamentale intéressant spécifiquement les entreprises, et on a accordé une attention accrue à la commercialisation des découvertes. Les campus universitaires sont devenus des carrefours de recherche puissants qui appuient le développement des industries du savoir au Canada.

En outre, les initiatives axées sur les étudiants comme les programmes d’enseignement coopératif, ont permis de bâtir de nouveaux ponts entre les universités et le marché de l’emploi.

Et malgré les exigences et les contraintes d’une énorme croissance au sein du système, il ne fait aucun doute que nos universités se sont efforcées d’attirer les étudiants et les enseignants les plus talentueux. Ceci continue d’être essentiel pour notre compétitivité nationale.

Pourquoi la productivité me préoccupe-t-elle autant? Parce que la concurrence  –  la concurrence mondiale – s’intensifie.

Selon le sondage consulté, il semble que nous ayons 2 ou 3 universités au nombre des cinquante meilleures dans le monde.  Notre meilleure école de commerce s’est récemment classée 40e dans le classement mondial du Financial Times pour 2008.  Pas mal – certains diraient « plutôt bien ». Pouvons-nous viser plus haut? En tant que dirigeants d’universités, en tant que dirigeants d’entreprises, en tant que pays, nous devons surveiller de près notre performance à l’échelle mondiale. Nos meilleurs étudiants peuvent choisir d’étudier à Singapour ou à San Francisco, aussi bien qu’en Saskatchewan, et nos entreprises les plus dynamiques recrutent maintenant sur plusieurs continents, plutôt qu’exclusivement dans quelques villes canadiennes.

L’accent mis sur la compétitivité mondiale a occupé une bonne partie de mon temps au cours des neuf derniers mois. En juillet dernier, on m’a nommé president du Groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence, un groupe de 5 personnes à qui le gouvernement fédéral a demandé d’examiner un éventail de politiques qui influent sur la position du Canada dans cette nouvelle économie mondiale.

Le rôle important de nos universités a été soulevé lors de notre première rencontre, ce qui n’a rien de surprenant, compte tenu de la composition du comité.  

Murray Edwards est le principal commanditaire de l’école de commerce de la University of Saskatchewan. Pendant toute sa carrière, Tom Jenkins a travaillé avec des professeurs et des chercheurs dans des établissements d’enseignement dans la région de Waterloo.

Et Brian Levitt et Isabelle Hudon sont tous deux convaincus que notre pays ne peut être gagnant que si nos universités et nos collèges font partie intégrante de notre programme de compétitivité.

Les membres de notre comité ainsi que le personnel de notre secrétariat ont rencontré un certain nombre d’intervenants du milieu de l’enseignement dans le cadre de nos travaux. Andrew Treusch, notre directeur exécutif, et moi-même avons rencontré les présidents des universités de recherche du  G13 en octobre dernier, et notre comité a tenu une rencontre très fructueuse à Calgary, en janvier, avec Indira Samarasekera, rectrice de la University of Alberta. Dans le cadre de notre processus de consultation, nous avons rencontré un certain nombre de dirigeants d’universités et de chercheurs universitaires et avons écouté leurs suggestions réfléchies.

Notre comité met l’accent sur les questions relatives à la politique gouvernemenetale. Toutefois, dans notre rapport, nous nous proposons de définir un programme de compétitivité plus large, de déterminer les rôles du gouvernement, des entreprises et des universités pour qu’ils contribuent à améliorer la position concurrentielle du Canada.

Ce cheminement aboutira à la publication de notre rapport en juin.

Ce soir toutefois, permettez-moi de mentionner trois éléments où les universités pourraient envisager jouer un rôle encore plus efficace pour accroître la compétivité du Canada.

Premièrement, je sais que les universités sont au courant des besoins changeants des étudiants, et cherchent à faire en sorte que les programmes et l’enseignement répondent à leurs intérêts et à leurs aspirations professionnelles.

Comme vous le savez mieux que moi, les étudiants aujourd’hui sont bien différents des étudiants d’il y a dix ans.

Les étudiants actuels représentent une plus grande diversité culturelle. 

Les étudiants aujourd’hui sont plus exigeants, utilisent de façon plus intensive la technologie de l’information, et insisteront pour que nous répondions à leurs attentes élevées.

L’évolution de notre économie et de notre marché de l’emploi a eu pour résultat qu’un nombre accru d’hommes et de femmes retournent aux études en milieu de carrière pour suivre une formation avancée ou se recycler. Ces « étudiants adultes » ont souvent des familles et des emplois, et ont différents besoins pour ce qui est des horaires et de la formule d’enseignement.

De plus en plus, notre monde électronique sans fil devient axé sur Internet. À cette étape de ma vie, je suis peut-être plus lent à adopter ce type de technologie, mais ce n’est pas le cas de mes enfants. Et lorsque mes petits-enfants entreront sur le marché du travail, ils ne voudront pas faire partie d’une organisation qui n’est pas à la fine pointe de la technologie. Statistique Canada rapporte qu’en 2005, plus du quart des Canadiens adultes, soit 6,4 millions de personnes, ont accédé à Internet aux fins d’éducation, de formation et de travaux scolaires.  Près de 80 % de l’ensemble des étudiants à plein temps ont fait de même.

Pour vous – pour nous  –  cela signifie qu’il nous faut continuellement intégrer la nouvelle technologie, les nouveaux procédés et méthodes à notre enseignement et nos programmes d’études.

Je tiens à préciser que je ne parle pas seulement de la technologie utilisée en génie ou dans les programmes informatiques – Une technologie et un enseignement de pointe sont essentiels quel que soit le programme ou le champ d’étude.

Bon nombre d’entre vous connaissent mon engagement à l’égard des arts libéraux. Je suis convaincu que les universités ont pour tâche de former les dirigeants de demain, que ce soit dans le domaine des affaires, des arts ou des services publics.  Martha Piper a souvent utilisé l’expression « citoyenneté du monde ». Les universités sont des lieux importants où les jeunes Canadiens peuvent acquérir cette large ouverture de vue.

Ceci revêt une importance particulière en affaires. Les employeurs actuels veulent embaucher des diplômés qui possèdent une large perspective – qui comprennent les forces mondiales en jeu et qui sont prêts à contribuer à la réussite de l’organisation, qu’elle soit à Shawinigan ou à Shanghai.

Ceci m’amène au deuxième  élément où il est particulièrement important de réaliser des progrès : les partenariats. Les universités peuvent collaborer encore plus étroitement, et établir des partenariats plus efficaces, avec les milieux d’affaires canadiens – et vice versa.

Pour certains, ce concept peut prêter à controverse. Cependant, la notion que le milieu universitaire soit totalement retiré du tohu-bohu du monde des affaires est un anachronisme. La collaboration entreprises-universités est cruciale si le Canada, ou n’importe quel pays, veut être plus concurrentiel dans l’avenir.

Il y a deux raisons à cela :

Tout d’abord, une étroite collaboration permettra aux universités de mieux préparer leurs diplômés à saisir les occasions qui se présenteront dans le secteur privé. Nos entreprises sont la clé de la création de richesse, ainsi que des emplois et des débouchés qui font du Canada un pays où il fait bon vivre. Le succès d’une entreprise dépend dans une large mesure des talents qu’elle est en mesure d’attirer; il est donc dans le meilleur intérêt du Canada de mieux faire concorder les programmes d’études de ses universités avec les besoins prioritaires de ses entreprises.

La deuxième raison est la contribution que les dirigeants d’entreprises peuvent faire aux universités en matière de gouvernance, d’orientation et, bien sûr, d’appui financier.

Seymour Schulich a aidé les universités à se développer dans des domaines aussi différents que le génie et la musique, sans mentionner les affaires. Dick Haskayne a donné son appui à l’école de commerce de la University of Calgary. Et je ne doute pas qu’ici à Windsor l’université est dynamisée par l’orientation qu’Ed apporte en raison de sa vaste expérience des milieux d’affaires et du secteur public. Je sais qu’à l’université McMaster, sous la direction de Peter George, Mike de Groote, Ron Joyce et David Braley ont contribué de façon considérable au développement de certains départements de notre université. Je suis convaincu qu’il en est de même pour chacun des établissements représentés ici ce soir.

Bon nombre d’hommes et de femmes d’affaires chevronnés siègent au sein de conseils d’administration ou sont membres du conseil des gouverneurs d’universités et s’impliquent activement dans des campagnes de financement.

Le mois dernier, nous avons eu un exemple inspirant de l’avantage réciproque de la collaboration entreprises-universités lorsque notre comité a passé une journée à Waterloo. Par exemple, l’approche pratique de cette université à l’égard des droits de propriété intellectuelle semble exercer un impact. Nous savons tous combien il est important de récompenser les réalisations individuelles et de réduire le plus possible les manœuvres bureaucratiques pour faire avancer les projets où le facteur temps entre en jeu.

En outre, les programmes d’enseignement coopératif dans la région de  Waterloo sont soigneusement ajustés pour avantager à la fois les gens d’affaires locaux et les étudiants qui participent à ces programmes.

Je suis certain qu’il serait difficile de quantifier l’avantage que la région de Waterloo retire du partenariat unique entre l’administration municipale, les gens d’affaires locaux et les établissements d’enseignement de la région. Il va sans dire que ce modèle ne fonctionnerait pas partout. Cependant, son succès ne fait aucun doute, et il comporte des caractéristiques clés que nous devrions tous examiner.

Notre séjour à Waterloo a fait ressortir un autre élément, et c’est le troisième des trois éléments où les universités peuvent contribuer au vaste objectif que constitue la compétitivité du Canada, soit l’excellence par l’entremise de la spécialisation.

Tout comme les entreprises bénéficient de la focalisation et des économies d’échelle, ainsi peut-il en être, je pense, des universités. La University of Waterloo a le plus gros département de mathématiques au monde. Son Perimeter Institute regroupe des physiciens exceptionnels de différents pays. L’Institut national de nanotechnologie de la University of Alberta est un chef de file reconnu dans son domaine.  L’Institut neurologique de Montréal de l’Université McGill est l’un des meilleurs établissements en son genre au monde. Il est de même de bien d’autres facultés, départements et programmes de recherche dans les universités ailleurs au pays. La spécialisation et la quête constante d’excellence dans des compétences stratégiques choisies sont d’une importance cruciale, car ce sont les affaires.

Dans l’économie mondiale hyperconcurrentielle, il est absolument essentiel d’aspirer à être le meilleur.

La concurrence en affaires amène les investisseurs et les travailleurs de talent, ainsi que les clients, à rechercher les meilleures occasions à l’échelle mondiale. De même, les meilleurs étudiants et les meilleurs professeurs peuvent choisir d’aller n’importe où, et ils choisissent typiquement les meilleures universités dans le monde dans leur domaine de recherche, renforçant par le fait même l’excellence de ces établissements.  

Les répercussions pour le Canada, et pour nous tous dans cette salle, sont claires. Nous devons réfléchir sérieusement pour établir quelles sont nos  meilleures possibilités.

En quoi excellons-nous? Dans quels domaines réussissons-nous le mieux? Où sont les occasions pour nous d’être les meilleurs? Et nous devons tous nous rappeler que le contexte est international. La référence est « meilleur au monde ».

En étant à l’écoute des besoins changeants des étudiants qui sont nos dirigeants de demain et en y répondant, en tirant pleinement parti des partenariats en collaboration avec les milieux d’affaires et en  vous efforçant de bâtir des capacités de calibre mondial dans des facultés et des disciplines choisies, vous jouerez certainement un rôle crucial.

Comme Canadiens, nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli.  En effet, les sondages laissent entendre que la plupart d’entre nous sommes heureux de qui nous sommes et de l’endroit où nous sommes. Par conséquent, peut-être sommes-nous devenus trop complaisants à l’égard de nos perspectives et de celles de nos enfants et de nos petits-enfants?

Nombreux sont ceux qui, dans les pays en développement rapide, ne sont pas du tout satisfaits de ce qu’ils ont accompli jusqu’à présent et de leurs perspectives et ils ont très clairement à cœur de faire mieux.

Lors de nos consultations, le Groupe d’étude a entendu que pour être « de calibre mondial » nous devons « patiner plus énergiquement, lancer plus fort et garder les coudes hauts dans les coins », pour utiliser une métaphore typiquement canadienne. On nous dit que le Canada a vraiment besoin d’aiguiser son avantage concurrentiel.

Il semble donc qu’il y ait encore du travail à faire. Comme toujours, le leadership est essentiel – et nous n’avons pas le luxe de prendre notre temps.

En terminant, je vous souhaite des délibérations fructueuses à ces importantes rencontres.