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Archivée - 3. La mondialisation et le rythme du changement

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Le Canada est en concurrence avec d’autres nations dans une économie mondiale caractérisée par de fortes tendances séculaires qui modifient le paysage concurrentiel à un rythme accéléré. Il faut comprendre ces tendances pour pouvoir analyser la position du Canada et mettre au point des mesures visant à améliorer le niveau de vie des Canadiens. Les recommandations du Groupe d’étude ont été élaborées en tenant compte de ces tendances.

La mondialisation économique n’a rien de nouveau. Cependant, au cours des 50 dernières années, le rythme et l’intensité des forces économiques mondiales ont fortement augmenté. Les Canadiens doivent s’adapter à un marché mondial qui connaît une transformation rapide, à mesure que des particuliers et des entreprises tirent parti des occasions générées par les nouvelles techologies de l’information et des communications habilitantes, une forte diminution des frais de transport, la diffusion des idéologies économiques fondées sur le marché et l’ouverture accrue des pays au commerce et à l’investissement.

L'accélération des Progrès Technologiques

« Le capitalisme nous plonge dans un avenir de changements effrénés. Les 20 premières années du XXe siècle ont connu autant de progrès technologique que tout le XIXe. À l’heure actuelle, les sociétés industrialisées semblent doubler le rythme de ce progrès tous les dix ans. À cette cadence, il est permis de croire que le XXIe siècle vivra l’équivalent de vingt mille années de progrès humain normal. » [TRADUCTION]

– Walter R. Mead, God and Gold: Britain, America and the Making of the Modern World, Knopf, New York, octobre 2007.

Les développements technologiques, dont l’utilisation de conteneurs, l’évolution du traitement de l’information et l’introduction de systèmes moins chers et plus fiables de communication de la voix, de données et de vidéo, ont grandement facilité l’internationalisation des affaires. En quatre décennies, les coûts de transport et d’entreposage ont chuté du tiers en pourcentage du coût des intrants servant à produire des biens et services au Canada1.

Ces forces ont transformé le cadre de référence de l’activité économique, qui est passé de local à régional, puis à continental et est maintenant mondial. L’idée que nous nous faisons de nos concurrents a changé. Aujourd’hui, les entreprises canadiennes se livrent mutuellement concurrence non seulement dans leur ville ou leur région, mais aussi à l’échelle du Canada, du continent et du monde.

La mondialisation a intensifié l’incitatif entrepreneurial à trouver les fournisseurs de matières et de services les moins chers, peu importe leur origine. Règle générale, les entreprises multinationales n’ont plus à se doter d’installations distinctes de production dans un pays pour contourner des barrières commerciales. Elles basent des activités ou achètent des matières et des services de fournisseurs indépendants dans un pays donné seulement si cela contribue à l’efficacité générale de leurs opérations.

L’Industrie Canadienne du vin – L’Importance de la Politique d' Ouverture

L’industrie canadienne du vin s’est longtemps restreinte à des variétés de raisin rustiques locales donnant des vins de piètre qualité à l’abri de la concurrence étrangère. L’Accord de libre-échange Canada–États-Unis (ALE) a mis fin au protectionnisme industriel et forcé les viticulteurs à innover ou périr. Ils ont arraché les variétés locales de raisin et planté des vignes européennes de qualité supérieure. Ils ont lancé les normes de la Vintners Quality Alliance (VQA), ce qui a rehaussé la réputation des vins canadiens. Les vignobles canadiens sont devenus des attraits touristiques et les viticulteurs canadiens ont fait la promotion de produits nouveaux et uniques, ce qui contribué à étoffer leur réputation internationale. Un surcroît de concurrence étrangère peut pousser à l’innovation et accroître la compétitivité2.

La transition à un plus grand marché était prévue depuis une génération. Pour le Canada, le Pacte de l’automobile de 1965 avec les États-Unis a annoncé le passage de l’activité économique du niveau national au niveau continental. L’Accord de libre-échange Canada–États-Unis (ALE) de 1989 et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1994 ont fait progresser l’intégration du Canada dans une économie nord-américaine centrée sur les États-Unis. En conséquence, les Canadiens se sont mis non seulement à se livrer concurrence entre eux, mais également à livrer concurrence avec des entreprises et des travailleurs situés partout en Amérique du Nord.

La communauté internationale s’est dotée d’ententes semblables, qui régissent le commerce international. Il y a d’abord eu l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) en 1948, puis l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995. Ces ententes ont entraîné de très grandes possibilités de nouveaux marchés et une concurrence mondiale accrue.

Les fondements de la concurrence mondiale

À mesure que les entreprises et les pays repensent leurs stratégies de réussite, ils doivent reconnaître les principales tendances suivantes déclenchées par la vague actuelle de mondialisation.

Mobilité accrue des gens et des capitaux

La migration internationale connaît une forte croissance, à mesure que les travailleurs se cherchent de meilleurs emplois et perspectives d’avenir. On s’attend à ce que les États-Unis, l’Allemagne et le Canada soient les trois plus grandes destinations de migrants internationaux au cours du prochain demi-siècle.

Tableau 1 – Les six pays à plus forte immigration nette et les six pays à plus forte émigration nette, 2005-2050
Pays à immigration nette Pays à émigration nette
Rang Pays Migration (milliers) Rang pays Migration (milliers)
1 États-Unis 1 107 1 Chine -327
2 Allemagne 202 2 Mexique -293
3 Canada 200 3 Inde -241
4 Royaume-Uni 130 4 Philippines -180
5 Italie 120 5 Indonésie -164
6 Australie 100 6 Pakistan -154
Source : Nations Unies, Affaires économiques et sociales, Perspectives de la population mondiale : Révision de 2006.

La disponibilité de travailleurs qualifiés est un déterminant clef des décisions d’investissement et de l’emplacement des activités économiques. De nombreux pays portent davantage attention à l’immigration pour se doter des compétences dont ils ont besoin. La disponibilité de travailleurs qualifiés est un facteur clef d’une croissance durable dans toutes les régions et tous les secteurs.

Le ralentissement de la croissance de la population et le vieillissement de la population actuelle dans les pays industrialisés deviendront d’importants éléments sous-tendant la mobilité de la main-d’œuvre. À l’avenir, les nouveaux travailleurs qualifiés proviendront de plus en plus des économies en voie de développement3.

Les flux d’investissement étranger direct (IED) à l’échelle mondiale se sont multipliés par 100 entre 1970 et 20064. La hausse de l’IED a été beaucoup plus forte que la croissance du produit intérieur brut et du commerce pendant cette période5. Cette croissance de l’IED est due principalement à des fusions et des acquisitions transfrontalières et s’est caractérisée par la participation accrue des fonds d’actions privés et des fonds souverains6.

À compter de maintenant, le fait d’être une destination attrayante aux yeux d’immigrants qualifiés et des investisseurs étrangers sera un élément essentiel de la réussite des pays industrialisés.

Concurrence accrue pour les matières premières et les ressources naturelles

L’accélération de la croissance mondiale a augmenté la demande mondiale de matières premières, tant les aliments que les métaux communs. Nous avons récemment assisté à une flambée des prix d’une vaste gamme de produits de base7. La demande croissante de ressources et l’augmentation du prix de ces ressources, notamment en ce qui a trait à l’énergie et aux aliments, a eu de vastes répercussions et a fait grimper la valeur relative des monnaies fortement axées sur les produits de base. Il en a découlé une augmentation des coûts pour les particuliers et l’obligation pour les entreprises et les industries d’élaborer des stratégies d’adaptation.

Le terme « échelle » peut maintenant se définir sur une base mondiale

Dans les industries qui tirent parti des économies d’échelle, les grandes entreprises multinationales sont de plus en plus dominantes car elles peuvent bénéficier d’économies d’échelle sur une base mondiale. Ces économies permettent à leur tour des opérations mondiales, attirent des talents et augmentent la capacité de chaque entreprise d’investir et d’assumer des risques politiques.

Par exemple, le secteur de l’exploitation minière a récemment vécu des grands changements structuraux, accompagnés de consolidations à tous les niveaux et de l’émergence de gigantesques entreprises privées diversifiées. Dans leur cas, les acquisitions sont essentielles pour décrocher de nouveaux projets et diversifier leurs portefeuilles en matière de produits de base et d’emplacements géographiques. Le géant canadien Alcan a été acquis en 2007 pour 43 milliards de dollars américains par Rio Tinto8.

Les entreprises qui se sont dotées de structures efficientes à l’échelle mondiale décrochent souvent des mandats mondiaux et régionaux pour des produits. Une entreprise peut disposer de plusieurs bureaux divisionnaires ou régionaux. La productivité et la compétitivité d’un pays sont d’importants facteurs qui aident des établissements commerciaux dispersés dans le monde à décrocher des mandats mondiaux de produits.

La croissance des « chaînes de valeur mondiales »

L’évolution de la dynamique des affaires s’ajoute aux pressions concurrentielles qui pèsent sur les entreprises. La pression des coûts s’accroît à mesure que les cycles de production se resserrent pour répondre plus rapidement à l’évolution des attentes des consommateurs. Avec l’émergence de nouveaux concurrents pouvant venir de n’importe où dans le monde, un secteur d’activité peut passer à toute vitesse de la rentabilité à la perte.

Les entreprises ont réagi à ces défis en rejetant le paradigme traditionnel d’entreprises offrant des biens finis, produits dans un pays pour vente à l’interne ou à l’étranger. Davantage d’entreprises cherchent maintenant à structurer leurs activités ou à se positionner au sein de « chaînes de valeur mondiales ».

Une chaîne de valeur mondiale est un processus par lequel la production de biens et services de plus en plus complexes est structurée en mode transfrontalier9. L’expression « chaîne de valeur » saisit une suite d’activités requises pour qu’un produit passe de la conception à sa production finale et ensuite au marché. Ceci peut comprendre la conception, la production, le marketing, la distribution et les activités de soutien. Qu’il s’agisse d’un produit complexe comme un avion ou un BlackBerry, ou de quelque chose d’aussi simple qu’un article de mode, des entreprises se livrent concurrence pour participer aux étapes successives de la production.

Plusieurs phénomènes similaires déjà décrits, qui ont contribué à la mondialisation (abaissement de barrières commerciales, croissance des flux d’investissement, baisse des coûts de transport) ont également contribué à la croissance des chaînes de valeur mondiales10.

Les entreprises ont acquis de la flexibilité, se sont structurées horizontalement et sont passées de réseaux de production concentrés à un endroit à des réseaux géographiquement dispersés11.

Figure 1 – Le Global Express de Bombardier : origine des composants, par pays

Figure 1 - Le Global Express de Bombardier : origine des composants, par pays

Source : Industrie Canada.

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Émergence de nouveaux concurrents

La mondialisation perturbe les relations économiques entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement. Les capitaux ne se déplacent plus essentiellement des premiers vers les seconds, mais vont également des pays en voie de développement vers les pays industrialisés.

Scanners Médicaux Siemens

SIEMENS vit la mondialisation depuis le XIXe siècle. Aujourd’hui, cette entreprise a des installations dans 190 pays, avec 80 % de ses ventes, 70 % de ses usines et 66 % de ses travailleurs à l’étranger. Siemens fait plus qu’exporter des emplois de bas d’échelle, elle fait la plupart de ses recherches et de son développement de produits à l’étranger. Par exemple, une version moins chère de ses scanners médicaux, faite sur mesure pour le marché chinois, a d’abord été développée conjointement dans ses sièges sociaux de Munich et de Chine, où ils sont également fabriqués; cependant la version la plus récente a été développée entièrement en Chine. Ce produit Siemens chinois est maintenant vendu dans des pays en voie de développement du monde entier12.

Par le passé, les pays industrialisés conservaient leur avantage en se servant de leur technologie de pointe et de leur main-d’œuvre spécialisée pour exporter des biens manufacturés vers les pays en voie de développement. Ensuite, nombre d’entreprises ont repensé leurs opérations en concevant des produits dans les pays industrialisés, mais en les assemblant à bon compte dans des pays en voie de développement. Maintenant, la concurrence peut arriver de n’importe où, et des produits de haute technologie peuvent être conçus et exécutés sur plans d’ingénieurs dans ce qu’on appelait jadis le monde en voie de développement, pour ensuite être disséminés par l’entremise de réseaux mondiaux de distribution13.

En 2007, les économies émergentes représentaient juste un peu plus de 50 % de la production mondiale et plus de la moitié de la croissance du produit intérieur brut mondial14. Ces économies deviennent rapidement une grande force de l’économie mondiale. À mesure que leur prospérité croîtra, leur demande de ressources augmentera également. Depuis le début des années 1990, par exemple, la part chinoise de la consommation de pétrole, d’aluminium et d’acier a doublé15.

Figure 2 – Part prévue du produit intérieur brut du groupe Brésil, Russie, Inde et Chine (BRIC), 2006-2050

Figure 2 – Part prévue du produit intérieur brut du groupe Brésil, Russie, Inde et Chine (BRIC), 2006-2050

Source : Goldman Sachs Global Economics, « The N-11: More than an Acronym », Paper No. 153, mars 2008.

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Internet en tant qu’agent de changement

Internet est la plateforme technologique dominante d’un nombre croissant de produits de l’information et des communications qui modifient radicalement la façon dont les gens du monde entier vivent et travaillent et dont les entreprises sont exploitées et génèrent de la richesse16. L’omniprésence d’Internet se fait sentir tant dans les pays industrialisés qu’en voie de développement. En 1997, près des trois quarts de la population mondiale vivaient dans des pays en voie de développement mais ils ne représentaient que 5 % des usagers d’Internet. Maintenant, ils comptent pour plus de 30 %17. Les connexions mobiles mondiales ont franchi la barre du milliard en 2004 et celle du 3 milliards en 2008, une grande partie de cette croissance s’étant produite dans les pays en voie de développement. Aujourd’hui, les réseaux mobiles mondiaux croissent à un rythme de 15 connexions par seconde, soit 1,3 million par jour 18.

Internet fait entrer de nouveaux concurrents dans les marchés canadiens et mondiaux. Tant les acheteurs que les vendeurs ont un meilleur accès aux données sur les conditions et les prix du marché. Les coûts de transaction d’achat et de vente de biens et services ont baissé, parfois considérablement. De nouvelles entreprises en ligne se créent et les frontières de marchés nationaux auparavant isolés deviennent plus perméables. Internet est également un stimulant de la croissance de la productivité parce qu’il encourage l’utilisation plus efficace des ressources commerciales.

Pour assurer la compétitivité d’un pays, le gouvernement de ce pays doit réserver un accueil favorable à cette nouvelle liberté et aux choix que permet Internet comme agent de changement, et non essayer d’exercer un contrôle.

Le défi de la mondialisation et du changement

La mondialisation est maintenant devenue un défi critique pour la compétitivité canadienne. Les Canadiens ne peuvent échapper aux forces mondiales. Pour décider de notre avenir, nous devons faire face à ces forces et nous en accommoder. Ceci exigera que nous remettions en question certains concepts qui nous sont chers, mais reflètent une ère révolue. Les stratégies qui auparavant marchaient bien doivent céder leur place à de nouvelles stratégies qui embrassent un marché mondial plus vaste.

La nouvelle économie mondiale exige que le Canada demeure au fait du changement et adopte une attitude mondiale ouverte aux échanges bidirectionnels en matière de commerce, d’investissements et de talents. La réussite économique du Canada sera déterminée par la mesure dans laquelle le pays arrivera à composer avec les forces économiques, sociales et politiques qui sous-tendent la mondialisation. La santé future des entreprises canadiennes, des emplois et des revenus dépend de gestes concertés et soutenus, posés par tous les Canadiens.