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Archivée - 4. Ce que nous avons entendu et ce que nous avons appris

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Pour élaborer nos recommandations, nous nous sommes fiés sur ce que nous avons entendu lors des consultations et sur ce que nous avons appris des recherches disponibles et de celles commandées, en tenant compte de notre expérience en tant que gens d’affaires travaillant dans des marchés concurrentiels.

Les Canadiens peuvent être très fiers de la performance économique du pays au cours de la dernière décennie, période pendant laquelle nous avons connu croissance économique et prospérité. Le Canada a affiché des excédents budgétaires sans précédent, une chute du chômage, une croissance forte dans le secteur des services et la création de millions d’emplois. Du côté des marchés financiers, les Canadiens ont connu des taux d’inflation stables et faibles, une chute des taux d’intérêt et une hausse du dollar canadien par rapport aux autres monnaies, particulièrement le dollar américain. Plus récemment, en sa qualité de pays riche en ressources, le Canada a profité d’une hausse de la demande mondiale et des prix des ressources naturelles.

Toutefois, nombre de Canadiens nous ont dit que les perspectives économiques actuelles les préoccupent et qu’ils ont moins confiance en l’avenir. Ils nous ont parlé de risques et d’incertitudes émanant d’une foule d’indicateurs, dont les suivants : fermetures d’usines et pertes d’emplois; faible croissance des revenus; flambée des prix des produits de base, dont les aliments et l’énergie; et menaces provenant de nouveaux rivaux mondiaux où la population et la productivité croissent à un rythme plus vigoureux qu’au Canada. Les Canadiens croient que quelque chose ne tourne pas rond.

Cependant, nous avons vu clairement que les Canadiens ne craignent pas une crise imminente. Ils veulent éviter que la position du Canada dans le monde recule à mesure que des pays plus agiles et agressifs émergent et nous délogent. Néanmoins, les Canadiens ne semblent pas saisir ce qu’il faut faire pour éviter un tel scénario, ni avoir un point de vue commun sur les racines de leur malaise. Dans le reste de ce chapitre, nous présentons la compréhension qu’a le Groupe d’étude des principaux signaux d’alerte que les Canadiens nous disent avoir perçus, ainsi que nos conclusions quant aux enjeux qui les sous-tendent.

Perte d’entreprises – la perte d’icônes canadiennes

On nous a parlé de la préoccupation découlant de la « prise » d’entreprises canadiennes par des concurrents étrangers en cette ère de mondialisation. La croissance récente des investissements étrangers directs (IED) au Canada, particulièrement par des fusions et acquisitions, a soulevé des préoccupations dans de nombreux milieux au sujet d’une diminution du contrôle et de l’influence des Canadiens sur l’économie nationale. À mesure que les entreprises multinationales se sont consolidées, des investisseurs étrangers ont acquis plusieurs fleurons canadiens bien établis, dont Alcan, Falconbridge, Inco et la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ces entreprises sont de gros employeurs et des piliers de certaines collectivités canadiennes.

Ces transactions ont déclenché des questions touchant aux politiques d’investissement étranger du Canada, ainsi qu’aux conséquences de la perte de sièges sociaux et des emplois et services de grande valeur qui y sont associés. Ces transactions ont également souligné la nature mondiale de la restructuration des industries. Les fusions et acquisitions les plus imposantes au Canada ont été faites par des entreprises ayant leur siège social aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suisse, au Brésil, en Australie, aux Pays-Bas et dans les Émirats arabes unis.

Le débat tournant autour des pertes pour l’économie canadienne a suscité de vives émotions. Entre 2000 et 2005, le Canada se classait au deuxième rang pour ce qui est des prises de contrôle par des intérêts étrangers1. On a avancé, en raison de la taille de son marché intérieur des capitaux, que le Canada a été à la fois le plus gros vendeur net d’entreprises et le pays où il était le plus facile d’acheter des entreprises2. Pourtant, dans l’ensemble, les données montrent que la part des avoirs des industries non financières du Canada sous contrôle étranger n’a guère changé au cours des dernières années3.

Research in Motion

Quand Mike Lazaridis et Doug Fregin ont lancé leur entreprise d’électronique en 1984 avec une modeste subvention du gouvernement et un prêt familial, ils n’auraient pu prédire ce que l’avenir réservait à Research In Motion (RIM). Ils savaient simplement qu’ils s’y connaissaient en circuits imprimés. En moins de quatre ans, leur entreprise s’était axée sur la transmission de données sans fil. Le co-président Jim Balsillie s’est joint à eux en 1992 et a commencé à amener sur le marché une série d’inventions de RIM. En 1998, RIM a lancé son premier BlackBerry avec courriel rudimentaire, qui est devenu un produit populaire de consommation et corporatif pour des chefs d’entreprise et des mères au volant. Il avait 1 million d’abonnés en 2004 et 10 millions en 2007. RIM a pénétré les marchés d’Europe et de l’Asie-Pacifique. RIM est maintenant l’entreprise canadienne ayant le plus de valeur, si l’on considère sa capitalisation boursière de près de 60 milliards de dollars4.

En fait, nous constatons que les entreprises canadiennes réussissent de plus en plus à se tailler une place sur la scène mondiale. Le nombre d’entreprises appartenant à des Canadiens et ayant leur siège social au Canada, qui se classent parmi les cinq plus grandes de leur secteur, est passé de 15 à 40 au cours des deux dernières décennies5. De fait, pendant cette période on a vu des entreprises multinationales de grand renom et basées au Canada, dont Financière Manuvie, Research In Motion (RIM) et SNC-Lavalin, réussir à accroître leur présence sur la scène internationale. Si le Canada a perdu plusieurs grandes entreprises au cours des dernières années, il demeure néanmoins le pays hôte de nombreux champions canadiens en pleine croissance.

Nous ne croyons pas qu’il soit souhaitable – ou possible – de bloquer le rythme naturel de la destruction créative et du renouveau, qui constituent un pilier de l’économie de marché. Les avantages associés à la concurrence sont trop grands. Cependant, nous partageons la préoccupation des Canadiens quant aux conséquences des pertes d’entreprises sur le Canada et sur les perspectives de développement des Canadiens.

SNC-Lavalin

SNC-Lavalin (un géant de l’ingénierie et de la construction) montre à quel point une orientation internationale peut ouvrir de grands marchés et protéger une entreprise contre les revers économiques dans son pays d’origine. SNC-Lavalin a utilisé son savoir-faire technique de grand renom comme levier pour se constituer un réseau international et une solide chaîne mondiale d’approvisionnement. L’entreprise a délibérément assis son développement sur la réputation du Canada à l’étranger6.

Déclin de la part des investissements étrangers

En opposition au souci soulevé par les prises de contrôle d’entreprises canadiennes par des intérêts étrangers, certains analystes ont remarqué qu’au cours des dernières décennies, le Canada a moins bien réussi à attirer des capitaux étrangers. La part canadienne du stock d’IED mondial a chuté, passant de près de 16 % en 1970 à juste un peu plus de 3 % en 2006. En ce qui a trait au ratio de l’IED par rapport au produit intérieur brut, le Canada a, au cours des 25 dernières années, affiché le déclin le plus marqué des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)7.

La nouvelle dynamique du marché du travail

À mesure que la concurrence s’est mondialisée et que des entreprises ont déplacé certaines opérations dans des régions offrant des coûts de production moindres, de nombreux travailleurs canadiens ont vécu des ajustements pénibles du marché du travail. Dans l’ensemble, l’économie canadienne s’en est bien tirée, créant beaucoup d’emplois, tirant parti du récent boom des produits de base et abaissant son taux de chômage à un niveau plancher non atteint depuis près de trois décennies. Dans certains secteurs, la croissance économique robuste a entraîné des insuffisances de main-d’œuvre spécialisée, un problème qui s’aggravera à mesure que la population vieillira et que la croissance du nombre de travailleurs au pays diminuera.

Les travailleurs ont été fortement touchés par les changements à l’échelle mondiale dans certains secteurs, surtout ceux de la foresterie et de la fabrication, qui ont été gravement affectés par la remontée rapide du dollar canadien par rapport au dollar américain, ainsi que par d’autres défis.

Faible présence du Canada dans les marchés autres que celui des États-Unis

Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Canada, et le resteront dans un avenir prévisible8. Cependant, les marchés croissants dans l’Union européenne, elle-même en expansion, en Amérique du Sud et en Asie ouvrent de nouvelles portes.

Par exemple, on prévoit une croissance robuste dans les marchés émergents, notamment ceux du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) où le Canada est peu présent9. Les occasions qu’offrent ces marchés en pleine croissance sont importantes, compte tenu de l’émergence de leurs classes moyennes respectives comptant plusieurs millions de nouveaux consommateurs. On estime que ces nouveaux marchés pourraient représenter jusqu’à 50 % de l’économie mondiale lors de la prochaine génération. Cependant, il faut établir des priorités pour éviter de diluer nos efforts dans un tel nombre de régions que nous pourrions devenir inefficaces dans des marchés précis.

Figure 3 – Répartition géographique des exportations canadiennes, 2007

Figure 3 – Répartition géographique des exportations canadiennes, 2007

* Le groupe BRIC est exclu de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Europe.
Source : Données commerciales en ligne d’Industrie Canada.

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La faible présence du Canada dans des marchés en croissance est due en partie à la structure de l’économie nationale, laquelle se caractérise par des petites et moyennes entreprises (PME) qui n’ont pas tendance à ouvrir la voie vers de nouveaux marchés10. Dans un milieu d’intégration mondiale, l’impératif des échanges, des investissements et de la création d’alliances stratégiques ne fera que s’intensifier, et ce sont les grandes entreprises qui sont les mieux placées pour faire face à ces défis. La pression créée par des entreprises étrangères axées sur le savoir et dont les coûts sont faibles impose une concurrence accrue aux entreprises canadiennes, au pays et à l’étranger11.

Érosion de l’avantage des coûts du Canada par rapport à celui des États-Unis

La productivité canadienne traîne de la patte par rapport à celle des États-Unis, le plus important partenaire commercial du Canada. Quand le dollar canadien a chuté à 63 cents américains12, certaines entreprises canadiennes se sont reposées sur leurs lauriers. Le Canada bénéficiait d’un fort excédent commercial, les exportateurs canadiens ayant un avantage. La hausse du dollar canadien par rapport au dollar américain a été si subite que nombre d’entreprises ont eu de la difficulté à mettre en œuvre les ajustements tout aussi rapides qui s’imposaient, et d’autres n’ont pas été capables de s’adapter. Maintenant que la parité est de mise, l’avantage des coûts s’est évaporé et la piètre performance du Canada au titre de la productivité est apparue au grand jour. À ce défi s’ajoute un alourdissement de la frontière canado-américaine, dans le sillage des préoccupations américaines en matière de sécurité et de terrorisme international.

Innovation faible

La piètre productivité du Canada peut en grande partie être mise sur le compte de la performance plutôt faible des entreprises canadiennes en matière d’innovation. Le Canada se classe très mal, peu importe le domaine d’innovation – création, diffusion, transformation et utilisation commerciale de connaissances. Le Conference Board du Canada y voit une grave faiblesse de performance généralisée au Canada et un alarmant présage pour l’avenir13. D’autres recherches laissent aussi entendre que les entreprises canadiennes tirent de l’arrière par rapport aux autres grands pays industrialisés pour ce qui est de nombreux indicateurs de l’innovation14.

Faible croissance de la productivité

Plusieurs de ces enjeux relèvent d’un seul problème de base – la productivité. La figure 4 illustre un fait profondément troublant : depuis 25 ans, la croissance de la productivité au Canada est inférieure à celle de la plupart des pays industrialisés15.

Figure 4 – Croissance de la productivité du travaila dans divers pays de l’OCDE, 1981-2006

Figure 4 – Croissance de la productivité du travaila dans divers pays de l’OCDE, 1981-2006

aProduit intérieur brut réel par heure travaillée.
Pays du G7 en foncé.
Source : OCDE, Base de données sur la productivité du travail, juillet 2007.

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Dans le secteur commercial, la productivité canadienne n’a atteint que 75 % de celle des États-Unis en 2007 (figure 5). L’écart va grandissant, surtout dans le domaine manufacturier. Dès 2007, l’écart entre les niveaux de productivité du travail au Canada et aux États-Unis dans le secteur de la fabrication était estimé à près de 40 %.

Figure 5 – Écart relatif de la productivité du travail au Canada, 1991-200716

Figure 5 – Écart relatif de la productivité du travail au Canada, 1991-2007

Sources : Calculs d’Industrie Canada à partir des données de Statistique Canada, CANSIM VI409 153; et U.S. Bureau of Labor Statistics, BLS, PRS840006093.

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Les répercussions de la faible croissance de la productivité au Canada ont été très marquées – le revenu réel médian des travailleurs canadiens n’a pas augmenté depuis un quart de siècle17. Même pendant une période de croissance économique et de meilleure éducation des Canadiens, les revenus moyens n’ont pratiquement pas bougé. En fait, pour les salariés du quintile inférieur, les revenus nets ont diminué de 20 %, alors que les revenus des immigrants chutaient encore davantage. Ce phénomène a toutefois coïncidé avec une période de croissance de l’emploi et un plus fort pourcentage de la population au travail, particulièrement chez les Canadiennes. Par conséquent, les revenus totaux des familles ont augmenté pendant cette période, masquant ainsi, jusqu’à un certain point, la faible performance individuelle.

Plus récemment (2002-2006), le niveau de vie a augmenté plus rapidement au Canada qu’aux États-Unis18. La flambée des prix des produits de base et l’amélioration subséquente de la position canadienne en matière d’échanges commerciaux ont été un important facteur sous-jacent. Il en est résulté une forte augmentation du pouvoir d’achat canadien, ce qui a avantagé les Canadiens par rapport aux Américains, qui n’ont à toute fin utile pas été touchés par les changements en matière d’échanges commerciaux dans leur pays. De plus, le marché du travail a été beaucoup plus soutenu au Canada qu’aux États-Unis au cours de la dernière décennie, ce qui a permis à une plus grande part de la population désireuse de travailler de se trouver un emploi. Cette performance favorable à court terme ne modifie toutefois pas les perspectives à long terme.

En résumé, la piètre croissance des revenus individuels au Canada pose problème. Cette tendance s’accentuera au cours des prochaines décennies, à mesure que la population canadienne vieillit et que la croissance de la main-d’œuvre ralentit. La tendance ne pourra se renverser que si les entreprises canadiennes et les gouvernements prennent de toute urgence des mesures correctives pour redresser la performance en matière de productivité.

Lorsque nous faisons le bilan de ce que nous avons entendu et de ce que nous avons appris, en tenant compte de nos prémisses quant aux avantages découlant de la croissance de la productivité et à l’importance capitale de la concurrence pour bénéficier de ces avantages, nous concluons que l’amélioration de la compétitivité du Canada est la clef qui permettra aux prochaines générations de Canadiens de bénéficier d’un niveau de possibilités et de prospérité similaire à celui que les Canadiens tiennent pour acquis. Nous concluons également que les facteurs qui sous-tendent les changements décrits ci-dessus sont inévitables et irréversibles et qu’ils représentent soit une menace grave, soit une superbe occasion, selon que le Canada relève ou non les défis de la mondialisation. Finalement, nous concluons que plus le Canada attend pour faire face à ces enjeux, plus lourds seront les coûts et les perturbations associés à leur résolution. Il n’y a pas de temps à perdre.